Lors du congrès Première ligne en santé (PLS), un mot revenait partout : intelligence artificielle.
Dans les conférences comme dans les discussions, on parlait d’automatisation, de proactivité, de données, de soutien à la décision.
Bref, d’un système de santé plus efficace, plus connecté, plus moderne.
Sur papier, le futur semblait déjà là.
Mais pour Alexia Couillard et Sarah-Maude Bigras, étudiantes en 4ᵉ année en pharmacie, l’expérience a surtout mis en lumière autre chose :
le décalage entre ce qu’on imagine… et ce qu’on vit encore au quotidien en pharmacie.
Quand le futur rencontre le terrain
Au congrès, l’IA était omniprésente.
À l’université, pourtant, le sujet reste peu exploré et souvent abordé sous l’angle des limites ou des interdictions plutôt que de l’apprentissage.
Et sur le terrain?
La réalité est encore différente.
Fax, systèmes lourds, processus répétitifs.
Un quotidien qui semble parfois loin des promesses entendues.
Pour la relève, ce contraste n’est pas alarmant.
Mais il est clair.
« Ce n’est pas que l’IA ne nous interpelle pas.
C’est surtout qu’on ne nous montre pas encore comment l’utiliser concrètement, avec jugement clinique, dans notre réalité. »
L’intérêt est là.
Mais l’intégration, elle, commence à peine.
Présente dans le discours… absente des solutions
Un autre constat s’impose rapidement.
La pharmacie est reconnue.
Mais rarement intégrée.
Au fil des présentations, plusieurs outils et initiatives semblaient pensés d’abord pour d’autres milieux : médecins, GMF, CLSC.
La pharmacie apparaissait souvent en périphérie.
Dans certains échanges, ce sont même les étudiantes qui faisaient le lien elles-mêmes, en expliquant comment ces solutions pourraient s’appliquer en pharmacie, notamment dans le suivi des maladies chroniques ou l’accompagnement des patient·es.
« On sent que le rôle du pharmacien est encore très associé à la distribution.
Le rôle clinique, lui, reste flou pour plusieurs. »
La pharmacie est reconnue comme une porte d’entrée essentielle.
Mais elle n’est pas encore pleinement pensée comme une solution intégrée.
Collaborer… mais comment, concrètement?
La collaboration interprofessionnelle était aussi au cœur des discussions.
Un thème rassembleur.
Mais encore très théorique.
Peu d’échanges entraient dans le concret :
les outils, les irritants, les réalités du terrain en pharmacie.
« On parlait beaucoup de collaboration… mais rarement de ce que ça implique vraiment pour nous, au quotidien. »
Ce regard n’est pas critique pour critiquer.
Il reflète plutôt une attente : celle d’être inclue dès le départ dans les réflexions.
Une relève prête, mais lucide
Ce qui ressort surtout, c’est que la relève est prête.
Elle n’attend pas un virage technologique parfait.
Ni des solutions toutes faites.
Elle cherche des milieux capables de faire le lien entre ce qui se dit… et ce qui se fait.
« L’IA peut clairement nous aider pour structurer l’information, optimiser le temps.
Mais ça doit se faire avec jugement, et en respectant la réalité de la pratique. »
Prête à s’impliquer, à remettre en question certaines façons de faire et à contribuer à des milieux de travail plus actuels, plus efficaces et mieux alignés avec les outils d’aujourd’hui, dont l’intelligence artificielle.
Reste à voir si le milieu est prêt à évoluer avec elle.